Le risque d’imposition sur le paiement de l’assurance emprunteur en cas de décès du bailleur
Introduction
Lorsqu’un bailleur décède, l’assurance emprunteur est censée sécuriser l’investissement immobilier en remboursant tout ou partie du capital restant dû auprès de la banque. Pourtant, en location meublée – et plus particulièrement en LMNP et en LMP – ce mécanisme peut entraîner une imposition inattendue, parfois très lourde pour les héritiers.
Ce risque est encore largement méconnu, alors même qu’il résulte de l’application stricte des règles fiscales relatives aux BIC. Cet article explique pourquoi le versement de l’assurance emprunteur peut devenir imposable, dans quels cas le risque existe, et comment l’anticiper.
1. Assurance emprunteur : rappel du mécanisme
L’assurance emprunteur intervient lorsque survient un événement garanti, notamment :
- le décès du souscripteur ;
- l’invalidité totale et définitive.
En cas de décès :
- l’assurance verse un capital à la banque ;
- le prêt immobilier est remboursé partiellement ou totalement ;
- les héritiers récupèrent le bien libre de dette.
Sur le plan civil, l’opération est neutre.
Sur le plan fiscal, en revanche, la situation est plus complexe.
2. Pourquoi le versement de l’assurance peut-il être imposable ?
En location meublée, les revenus sont imposés dans la catégorie des BIC.
Or, fiscalement :
- le remboursement d’un emprunt par un tiers (l’assurance)
- est assimilé à un produit exceptionnel de l’activité.
Ce versement peut donc être considéré comme un revenu imposable, même s’il n’y a pas d’entrée de trésorerie pour les héritiers.
3. Dans quels cas le risque d’imposition existe-t-il ?
Le risque apparaît principalement lorsque :
- le bailleur était au régime réel ;
- le prêt était inscrit au passif du bilan ;
- l’activité de location meublée est poursuivie ou clôturée fiscalement.
Le remboursement du capital restant dû par l’assurance entraîne :
- une diminution brutale du passif ;
- un résultat fiscal positif artificiel.
Ce résultat peut être lourdement imposé.
4. Différences entre LMNP et LMP
4.1 En LMNP
- L’activité est en principe non professionnelle
- Le résultat exceptionnel est imposable en BIC
- L’imposition est supportée par la succession
Le choc fiscal peut être important si le prêt était élevé.
4.2 En LMP
- Le risque est encore plus marqué
- Le résultat exceptionnel s’ajoute au résultat professionnel
- Les cotisations sociales peuvent également s’appliquer
Double peine possible : impôt + cotisations sociales.
5. Exemple concret
Situation
- Capital restant dû : 180 000 €
- L’assurance rembourse intégralement le prêt
- Activité au régime réel
Conséquence fiscale
- 180 000 € considérés comme produit exceptionnel
- Résultat fiscal fortement positif
- Imposition à l’impôt sur le revenu + prélèvements sociaux (ou cotisations)
Sans anticipation, la succession peut se retrouver avec une dette fiscale très élevée, malgré un bien sans crédit.
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6. Cas de la cessation d’activité au décès
Au décès du bailleur, l’administration considère généralement qu’il y a :
- cessation d’activité ;
- imposition immédiate des résultats ;
- taxation des plus-values latentes.
Le remboursement du prêt par l’assurance vient aggraver cette situation en augmentant artificiellement le résultat de cessation.
7. Peut-on éviter ou limiter cette imposition ?
7.1 Anticipation comptable
- Structuration correcte du passif
- Analyse de l’impact du remboursement anticipé
- Choix du régime fiscal adapté
7.2 Choix du montage juridique
- Détention via une société (SCI, SARL de famille)
- Transmission progressive
- Dissociation de l’assurance et de l’activité
- Souscription à une assurance du risque fiscal
7.3 Accompagnement professionnel
Ce sujet nécessite :
- une analyse patrimoniale globale ;
- une coordination entre notaire, expert-comptable et conseiller fiscal.
L’absence d’anticipation est la principale cause de redressement.
8. Erreurs fréquentes
- Penser que l’assurance est toujours fiscalement neutre
- Confondre remboursement bancaire et revenu fiscal
- Négliger l’impact du décès sur l’activité
- Découvrir le problème après le décès
- Ne pas informer les héritiers
Récapitulatif
- Le remboursement du prêt par l’assurance peut être imposable
- Le risque existe surtout en régime réel
- LMNP et LMP sont concernés
- Le décès entraîne souvent une cessation fiscale
- L’anticipation est essentielle
Conclusion
L’assurance emprunteur protège la banque, mais pas toujours la fiscalité du bailleur ni celle de ses héritiers. En location meublée, le remboursement du capital restant dû peut générer une imposition massive, totalement déconnectée de la réalité économique.
Ce risque doit impérativement être intégré dans toute stratégie patrimoniale impliquant du meublé financé à crédit. Anticiper ce scénario, c’est éviter à ses héritiers une situation fiscale parfois dramatique.
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